C'est un ancien camarade qui m'avait un jour raconté cette étrange histoire...
Dans une maison où vivaient 3 personnes dont lui, s'était tenu normalement le repas de soirée...
Les parents de ce camarade peu bavards se contentaient de demander le pain, le beurre, la soupe...
La télé était brouillée ce soir là: impossible de la régler mais c'était encore chose courante dans ces années fin 60 début 70.Il y avait des anomalies et il était difficile de prévoir une soirée devant le petit écran.
La rage des parents c'est quand la télé ne fonctionnait pas pendant les infos...Car à cette époque déjà lointaine, le rôle de la télé était l'information. La télé avait été inventée pour cela et uniquement pour cela. Il y avait très peu de pubs, très peu de jeux. Et vers 10h, le petit écran s'obscurcissait avec ORTF: tous les programmes s'arrêtaient. La télé était une radio avec images.
Puis le père s'est levé , a refermé la lame de son couteau pour le remettre dans sa poche. Il est monté dans sa chambre et est redescendu habillé comme pour la messe du dimanche: il allait à une réunion municipale.
La mère rangeait la table et se recroquevillait au fond d'un canapé en regardant quelques catalogues de mode , des articles qu'elle n'acheterait pas. La vie était dure dans les campagnes , un sou était un sou.
Elle prenait la voiture pour aller voir sa soeur une fois dans la semaine et si le père passait par là, il s'inquiétait pour savoir où elle allait. Et le soir c'était l'interrogatoire, la leçon de morale sur le coût de la vie et le prix de l'essence.
Ce soir là, il y eut un miracle . Dès que le père eut tourné le dos, comme par magie, la télé se remit en marche.
Et c'était l'èvènement hebdomadaire: le cirque avec les clowns et les acrobates.
La mère si silencieuse se métamorphosait dans son canapé, son regard s'allumait et des rires complices explosaient avec son fils. Puis l'émission s'acheva 1 heure après avec le défilé terminal des acteurs menés par Monsieur Loyal.
La mère se leva , fila aux toilettes en s'écriant: "Eteins donc la télé!"
Puis elle monta se coucher.
Le camarade sortit alors son cahier , ses crayons et comme il le faisait assez souvent tous les soirs, reprit le cours de sa bande dessinée. il y ajouta quelques éléphants, un clown étrange: cirque oblige.
Puis un quart d'heure plus tard, le père revint, fila aux toilettes en criant:
"Tu n'es pas encore couché?"
Le camarade ne répondit pas mais machinalement rangea son cahier et laissa son père monter l'étage. Il le suivit de près.
Cette nuit là, comme l'expliqua mon camarade, longtemps et souvent, il y eut des bruits bizarres dans cette maison mais tout le monde semblait dormir sauf le fils. Comme des pas de course , des chaises tirées, des portes frappées!!!
Mon ami eut du mal à s'endormir, on le comprend, il attendait patiemment la pâle clarté s'échapper du bord de sa fenêtre pour anoncer l'aube et la fin d'un cauchemar.La lumière se précipitant de minute en minute dans sa chambre, il se leva et descendit calmement les escaliers. La télé était bien éteinte come il croyait l'avoir fait. Mais il eut très très peur quand il vit un couteau style opinel, planté dans la table de bois. Il ne reconnut pas le couteau de son père.
Il remonta se coucher ...Quand ses parents descendirent à leur tour, il guetta leurs réactions.
Il y eut certainement un échange verbal car il reconnut les 2 voix principales.Une voix angoissée: celle de sa mère et une voix plus grave masquée par le bruit que l'on ferait en déplantant le couteau d'une table.
Plus tard, il descendit ...Le couteau avait disparu mais la marque était visible dans le bois. Il attendit que sa mère en parle mais ce fut le silence...Personne ne lui parla de cette étrange histoire...Et lui n'osa jamais remettre ce sujet...sur la table. Il lui restait une seule chose à faire: partager ce vécu avec quelques amis sérieux et attentifs.
On ne se moqua jamais de lui...Mais quelques frissons dans le dos couraient lorsqu'il en reparlait...