Oui, les légendes font parti de notre folklore! On les racontait autour d'un feu, dans les soirées et aujourd'hui, on en fait même des chansons. Laissez-moi vous en présenter quelques-unes.
LE DIABLE DANSE À ST-AMBROISE

La danse, autour du début du XXe siècle, était défendue. Les curés en parlaient pendant l'homélie: c'était mal! Bien sûr, on blâmait les joueurs de violon qui faisaient danser les gens réunis dans les maisons... Ils dansaient toute la nuit!
Or, il y avait une salle de danse à Saint-Ambroise. Et évidemment, la danse n'était pas permise là, comme n'importe où ailleurs. Un bon samedi, vers neuf heures du soir, arrive un gars avec un beau cheval noir, bien attelé à une voiture. Il attache son cheval devant la porte. Puis, il entre dans la salle, vêtu de façon très élégante. Un garçon extrêmement beau qui fait retourner toutes les têtes.
L'homme choisit une demoiselle et l'invita à danser. Il portait des gants, mais il ne voulait pas les enlever; pas plus qu'il ne voulait enlever son élégant manteau et son chapeau de castor. À un moment donné, au beau milieu de la danse, la jeune fille le laisse là et va rejoindre son groupe d'amis. Quand il voit ça, le gars va demander une autre fille pour danser. L’autre fille refuse, l'homme la rendait mal à l'aise, elle trouvait que c’était un gars étrange.
Alors, l'individu partit comme un diable en furie. Mais avant de s’en aller, ouvrant la porte, il allongea son bras, puis il estampa ses cinq doigts sur le cadre de la porte. C’était imprimé en rouge, rouge comme du beau sang. Les danseurs et les musiciens étaient bien découragés de voir ça ! Ils sont donc tous sortis dehors pour aller voir ce gars-là, et où il était allé. Le gars avait disparu. Ils ne voyaient plus ni son cheval, ni sa voiture.
LA CHASSE-GALERIE

A la veille du jour de l’an 1858, en pleine forêt, dans les chantiers au nord de Gatineau, l’hiver était rude. La neige atteignait déjà la hauteur du toit de la cabane à bûcherons. Selon la coutume, il y avait eu la distribution d’un petit baril de rhum parmi les hommes du chantier et le cuisinier avait terminé de bonne heure les préparatifs du fricot de pattes pour le repas du lendemain. La mélasse mijotait, parfaite pour une partie de tire sur la neige qui devait normalement terminer la soirée. Les bûcherons avaient bourré leur pipe de leur bon tabac canadien et, devant un feu pétillant de pin résineux, rêvaient de pouvoir s’évader en ville pour fêter. « Si les petits ruisseaux font les grandes rivières, les petits verres finissent par vider les grosses cruches », comme ils disaient en ce temps-là.
Ils buvaient sec et il n’était pas rare de voir finir les fêtes par des coups de poings et des tirages de tignasse. Sur le coup de onze heures, quelques-uns se retirèrent pour un somme. Prêts à sauter le quart de lard au coup de minuit avant d’aller chanter la guignolée et de souhaiter la bonne année aux hommes du chantier voisin. Baptiste Durant réveilla donc Joe le cook sur le coup de minuit annonçant que les autres hommes étaient déjà parti faire leur tournée. « Je m’en vais à Lavaltrie voir ma blonde. Veux-tu venir avec moi ? » lui demanda-t-il. Joe réalisa qu’il lui proposait de courir la chasse-galerie et de risquer son salut éternel pour le plaisir d’aller embrasser sa blonde au village qui était à plus de cent lieues du camp de bûcheron. Joe, un peu ivrogne et débauché, n’ayant pas peur de rien, hésitait cependant.
Baptiste avait des arguments convaincants et le rassura des dangers. Ce qu’ils devaient éviter à tout prix était de prononcer le nom du bon Dieu pendant le trajet et de ne pas s’accrocher aux croix des clochers en voyageant. Baptiste était un habitué des voyages en canot d’écorce au-dessus de la forêt.« Pense à la petite Liza Guimbette et au plaisir de l’embrasser. Nous sommes déjà sept pour faire le voyage mais il faut être deux, quatre, six ou huit et tu seras le huitième ». Joe finit par céder. Les hommes étaient déjà dans le canot, l’aviron à la main. Le grand canot était sur la neige dans une clairière et avant d’avoir eu le temps de réfléchir, Joe était déjà assis dans le devant, l’aviron pendant sur le platbord, attendant le signal du départ. Le canot s’est élevé dans les airs à une hauteur de cinq ou six cent pieds. Aux premiers coups d’aviron, le canot s’est élancé dans les airs comme une flèche.
Le diable les emportait sur son dos. Ils filaient plus vite que le vent. Pendant un quart d’heure, environ, ils ont navigué au-dessus de la forêt sans apercevoir autre chose que les bouquets des grands pins noirs. Il faisait une nuit superbe et la lune, dans son plein, illuminait le firmament comme un beau soleil de midi, mais il faisait un froid du tonnerre et leurs moustaches couvertes de givre faisaient drôles à voir puisqu’ils étaient tous en nage sous leur capot de poils. Ils aperçurent bientôt une éclaircie, c’était Gatineau dont la surface glacée et polie étincelait au-dessous d’eux comme un immense miroir.
Ils filaient comme des diables passant par-dessus les villages, les forêts, les rivières. C’est Baptiste le possédé qui gouvernait car il connaissait bien la route. « Nous allons raser Montréal et nous allons effrayer les coureux qui sont encore dehors à c’te heure cite ». Bien chantant, les bûcherons entonnaient à tue-tête une chanson de circonstance. A deux heures du matin, ayant dépassé les faubourgs de Montréal, ils prirent la route de Lavaltrie qui dominaient le vert sommet des grands pins du domaine. Ils allèrent chez Batissette Augé, certains d’y rencontrer leurs blondes. Baptiste les mit cependant en garde sur le danger qu’il y avait de prononcer certaines paroles et de prendre un coup de trop, car il fallait reprendre la route du chantier et y arriver avant six heures du matin, sans quoi ils étaient tous damnés. Reçus à bras-ouverts par les invités, les bûcherons dansèrent et chantèrent toute le restant de la nuit, mais Baptiste Durand avait bu un coup et c’était lui qui devait gouverner le retour. La lune était disparue et il ne faisait plus aussi clair qu’auparavant et ce n’est pas sans crainte que les autres bûcherons s’embarquèrent dans leur canot d’écorce.
Il était fort évident que le pilote n’avait plus la main aussi sûre, car le canot décrivait des zigzags inquiétants dans le ciel. Le canot manqua de peu une grande croix. « Mon vieux, tu vas nous envoyer chez le diable si tu ne gouvernes pas mieux que ça! » Les hommes hurlèrent contre Baptiste qui ne voulait rien entendre. Voilà que Baptiste s’emporte. Il veut redescendre à Gatineau pour prendre un verre. Les hommes essaient de le raisonner. Ils n’avaient plus qu’une heure pour se rendre au chantier. Ils bâillonnèrent donc Baptiste Durand pour l’empêcher de sacrer et le ligotèrent au fond du canot. Joe prit les commandes. Et ils repartirent au nord en direction du chantier. Ils en étaient seulement à quelques lieues quand cet animal de Baptiste qui se détortille de la corde avec laquelle les bûcherons l’avaient ficelé se libère, arrache son bâillon et lâche un sacre qui les fit frémir jusqu’à la pointe des cheveux. Impossible de lutter contre lui dans le canot sans courir le risque de tomber d’une hauteur de deux ou trois cent pieds, et l’animal gesticulant comme un perdu les menaçait maintenant de son aviron. Dans la cohue, le canot heurta la tête d’un gros pin et les voilà précipités en bas, dégringolant de branche en branche comme des perdrix que l’on tue dans les épinettes.
Vers huit heures du matin, alors que les hommes reviennent à eux, fatigués, meurtris, ils sont surpris de se constater qu’ils sont dans leurs lits avec des yeux au beurre noir et des déchirures aux mains et à la figure. Enfin, le principal, c’était que le diable ne les avait pas tous emportés et qu’ils se sont empressés de démentir leur aventure. Pour les autres bûcherons des chantiers voisins, l’histoire racontée était qu’ils furent retrouvés tous saouls comme des givres, en train de cuver leur rhum dans un banc de neige des environs.
LA CORRIVEAU

Marie-Josephte Corriveau était la fille de Joseph Corriveau et de Françoise Bolduc, de Saint-Vallier de Bellechasse. Joseph et Françoise eurent neuf enfants, dont Marie-Josephte «La Corriveau» qui naquit le 14 mai 1733.
À seize ans, Marie-Josephte épousa Charles Bouchard qui était alors agée de 23 ans et était cultivateur. Pendant les onze années qu'ils vécurent ensemble, ils eurent trois enfants.
Puis, Charles mourut de façon soudaine sans que personne ne puisse en expliquer vraiment la cause. Cette mort étrange et inopinée fit courir bien des rumeurs. On racontait que Marie-Josephte, fort jalouse, s'était débarassée d'un mari un peu trop libertin à son goût, en lui versant du plomb fondu et bouillant dans une oreille alors qu'il dormait. Cependant, on ne put jamais rien prouver et Marie-Josephte épousa après quinze mois de veuvage, Louis Dodier.
Quelques mois plus tard, Louis mourait à son tour. On le trouva au petit matin, dans un enclos à chevaux, la tête écrasée. Cette fois, la justice fit enquête. «La Corriveau», jouant d'astuces et de perfidie, fit tant et si bien qu'elle convainquit son père, Joseph Corriveau, de s'avouer coupable du meurtre de Louis. Un premier procès eut lieu au couvent des Ursulines à Québec. Un tribunal militaire formé de douze officiers anglais condamna à mort Joseph Corriveau. Ce même tribunal condamna aussi Marie-Josephte à 60 coups de fouet sur un dos nu et on devait aussi la marquer d'un M (pour meurtrière) au fer rouge, à la main gauche. Elle était accusée de complicité.
Ces sentences ne furent jamais exécutées. Le pauvre Joseph affirma à un père Jésuite son innocence et désigna sa fille comme seule responsable du meurtre de son mari. Quelques jours plus tard, la Cour s'étant à nouveau consultée, entendit les aveux de Marie-Josephte s'avouant coupable d'avoir tué son mari de plusieurs coups de hache durant son sommeil, de l'avoir traîné à l'écurie pour tenter de faire croire qu'un cheval lui avait écrasé la tête. Cette fois le verdict tomba et la sentence disait:
«Marie-Josephte Corriveau sera mise à mort pour ce crime et son corps sera suspendu dans les chaînes, à l'endroit que le gouverneur croira devoir désigner.»
L'exécution eut lieu sur les Buttes-à-Nepveu, près des Plaines d'Abraham. Son cadavre fut mis dans une cage de fer accrochée à un poteau, à un carrefour de Lévis. On décrocha la cage seulement en mai après des demandes répétées des habitants de Lévis qui disaient entendre des plaintes, des grincements des crochets de fer de la cage et d'autres bruits nocturnes venant du carrefour.
La cage fut très probablement enterrée dans le cimetière derrière l'église du village puisqu'en 1840, lors de l'agrandissement du cimetière, on retrouva la cage avec quelques ossements. Elle fut vendue à l'impresario Barnum, de New York, qui l'exposa comme curiosité pendant plusieurs années.
Je viendrai en rajouter plus tard! Les Québécois: ne vous gênez pas pour remplir ce topic!






