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Re: Visites nocturnes éprouvantes ...

MessagePosté: Lun 17 Oct 2016 13:32
par Rosy
C'est toujours aussi bien cadencé, bien écrit et agréable à lire ! le suspens donne faim !

Re: Visites nocturnes éprouvantes ...

MessagePosté: Lun 2 Jan 2017 18:34
par DRACULA
Episode 12

Même si l'écosse est ma destination de vacances préférée, ce mois passé là-bas m'a semblé bien long. J'ai quelques cousins et cousines de mon âge. Il y a donc toujours de quoi nous occuper. Nous sommes le plus souvent trois à quatre enfants accompagnés d'un adulte. Le plus souvent ma maman ou mon oncle. Sinon les deux. Je me souviens avoir passé beaucoup de temps à écrire à Isabelle. Tous les trois jours je lui faisais le résumé de mes aventures. Elle me répondait tout le temps. Quel bonheur de découvrir ses longues missives.

Aussi, lorsque nous sommes revenus, en cette première journée de septembre, j'étais fou de joie de revoir ma voisine. La réciproque était telle que nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre. Nous avions douze ans et aucune idée de ce que les années allaient nous réserver. < Regarde, j'ai gardé la poupée toutes les vacances ! > me fit-elle en me montrant l'objet de chiffon. Je lui montrais le petit morceau de bois que j'avais ramassé pour elle au bord du Loch-Ness.

Nos parents se regardaient, dubitatifs devant nos effusions de joies. Isabelle m'entraîna chez elle. Elle me prit la main pour m'emmener dans sa chambre. < Assis-toi là ! > me fit-elle en tapotant le lit où elle était installée. < Il t'est arrivé des trucs en écosse ? > demanda t-elle. Je savais qu'elle faisait des allusions à nos expériences paranormales. Hélas, je n'avais rien à raconter, n'ayant eu affaire à aucune manifestation particulière.

Chez sa tante, en Vendée, il ne s'était rien passé non plus. Cela faisait déjà dix jours qu'elle était rentrée. Elle m'avoua que le temps ne lui avait jamais semblé si long jusqu'à mon retour. Un mois, pour des enfants, est une durée considérable où se passent bien des changements, tant physiologiques que physiques. Nous n'en avions évidemment aucune conscience véritable. Nous discutions ainsi longuement, évoquant nos souvenirs de vacances encore récents. De quoi nous raconter bien des anecdotes.

Sur le petit bureau, il y avait toutes mes lettres, rangées l'une sur l'autre. Certainement dans l'ordre immuable où elles étaient arrivées. Il était vingt heure. La maman d'Isabelle frappa à la porte. En entrant, elle nous proposa de descendre pour venir manger. Tout le monde était si content de se revoir. Le repas se déroula dans une joyeuse ambiance. Après le dessert, j'emmenais Isabelle dans ma maison. Elle me montra le morceau de bois toujours serré dans sa main.

Dans ma chambre, je lui montrais des choses que j'avais ramené. Des livres, des vêtements et une petite cornemuse plutôt décorative que je lui offrais. Soudain, de l'étagère, un livre vint frapper le sol, tombant lourdement. Isabelle et moi nous nous sommes longuement regardés. Nos cœurs battaient sans doute à la même vitesse. Je ramassais le livre. C'était le même que la dernière fois. Je ne l'avais pas remis en place depuis une minute qu'il retomba une nouvelle fois. Plus loin.

Isabelle me montrait sa main qui tremblait. < C'est toujours quand on est tous les deux que ça se passe ! > me fit-elle en se levant pour aller ramasser le livre. Elle posa l'ouvrage à ses côtés en disant : < Là, il n'ira plus nul part ! >. Isabelle regardait le petit morceau de bois. < Il est beau ! Il doit être très vieux ! Regarde, il est comme ciré ! > me fit-elle en le faisant bouger sous la lumière. Je lui racontais son histoire. Je l'avais ramassé aux pieds des murs du château.

C'est ce fameux château, sur la presqu'île au Loch-Ness, les ruines du Castle Urquahrt. Ce petit bout de bois, de la taille d'une noix, est ovale et présente des formes équilibrées, presque parfaites. Sans doute un bois de chêne. Nous oublions les poltergeists pendant un moment. J'évoquais le Loch-Ness en rassurant Isabelle. Je n'avais pas eu affaire au "monstre". Je lui fis la promesse de l'emmener un jour là-bas, chez moi, dans ma famille, en écosse. < C'est promis, hein ? > me fit-elle.

Nous bavardions. C'est ma maman qui vint frapper à la porte. En rentrant dans la chambre elle précisa qu'il était déjà vingt et une heures trente, qu'il serait bientôt l'heure d'aller au lit. Elle nous laissa. A peine la porte refermée, un autre livre tomba au sol. Isabelle me fit : < J'ai peur, ça va être pareil chez moi ! >. Je ne savais que dire. < Je vais dormir avec le bout de bois et toi avec la poupée de chiffon ! Tu veux ? > me fit-elle en se levant.

Je la raccompagnais jusqu'au salon. Ses parents bavardaient avec les miens. Le temps de manger quelques chocolats et nous prenions congé les uns des autres. Je remontais dans la chambre. Tout était en ordre. Le livre que tenait Isabelle à ses côtés, sur le lit, était parfaitement à sa place sur l'étagère. Depuis la fenêtre de ma chambre, je fis quelques signaux à Isabelle. Tous les deux, armés d'une lampe de poche, avions l'habitude de pratiquer ce petit rituel d'enfant...

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Re: Visites nocturnes éprouvantes ...

MessagePosté: Sam 4 Fév 2017 10:37
par Rosy
Comte Dracula,

Ces écrits nous rappelle le genre de lecture de notre enfance. Je vois bien ces nouvelles figurer parmi ceux de la Comtesse de Ségur "les petites filles modèles " 8-)

Re: Visites nocturnes éprouvantes ...

MessagePosté: Sam 30 Déc 2017 13:14
par DRACULA
Episode 13

Il reste deux jours avant la rentrée de septembre. J'aime l'école. Cette rentrée est particulière puisque je vais me retrouver au collège, en 6ème. C'est donc avec une grande joie et une certaine fébrilité que je prépare soigneusement toutes mes affaires. J'ai un nouveau cartable. Plus grand. J'ai de nouveaux habits, de nouvelles chaussures et, à la maison, ce sont les réjouissances. Mon père nous a même emmené au cirque avec Isabelle.

Isabelle aussi rentre au collège. Nous serons dans la même classe. Ce soir, elle est chez moi, dans ma chambre à l'étage. Nous révisons un peu nos mathématiques, notre histoire et notre géographie, ces trois matières qui nous passionnent. Isabelle a développé une méthode toute personnelle et bien particulière pour résoudre et mémoriser certaines équations. Aussi, ravie de m'enchanter, elle me montre le secret de sa formule.

Nous sommes tous deux absorbés dans nos réflexions, assis à mon bureau. Soudain un bruit sec. Le bout de bois ramené d'Ecosse vient de tomber de l'étagère. Tous deux, silencieux, dubitatifs, nous observons ce morceau de chêne pas plus grand qu'une grosse noix. Il gît au sol, devant mon ours fétiche en peluche. Isabelle se lève pour aller s'accroupir devant le petit bout de bois. Elle le ramasse. << Il est tout chaud ! >> fait elle soudain en le lâchant.

Je me lève pour le ramasser à mon tour. Il est tellement chaud qu'il m'est impossible de le tenir entre le pouce et l'index plus de quelques instants. Isabelle touche l'étagère du haut où l'objet était posé. << C'est normal ! Ce n'est pas chaud ! >> fait elle en m'invitant à m'en rendre compte à mon tour. C'est exact. Ce curieux phénomène nous interpelle. Isabelle, avec son mouchoir, ramasse le bout de bois pour le reposer sur l'étagère.

Nous n'y prenons plus garde. Nous voilà à nouveau absorbés dans nos chères études. Il se passe un petit moment. Nous rions de bon cœur en prenant conscience de chuchoter. Comme si nous pouvions déranger quelqu'un ! Soudain, un bruit. A nouveau le petit morceau de chêne est retombé au sol. Isabelle se précipite. Cette fois elle ramasse l'objet avec son mouchoir. << C'est bouillant ! >> fait elle en me faisant toucher le mouchoir. Nous nous regardons.

Cette fois, nous posons ce bout de bois sur le bureau. Isabelle le recouvre du gobelet en plastique transparent où je dispose mes crayons. Ainsi, tout en continuant à préparer nos cours, nous pouvons observer l'éventualité d'un quelconque nouveau phénomène. Il est 21 h. Il ne se passe plus rien. Isabelle est obligée de rentrer. Ma maman vient me souhaiter une bonne nuit. Elle raccompagne Isabelle. J'écoute. Pas de bruit. Je m'endors...

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Aujourd'hui, je possède toujours ma moitié de ce bout de bois qui est devenu mon talisman. Depuis plus de 30 ans, je le porte toujours sur moi. Tout comme le faisait Isabelle. Son morceau est resté avec elle.

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