J'avais six ans et , avec mes parents nous venions d'emménager dans une maison à un étage , dans un petit village .
Mon petit frère n'avait encore que trois ans . Il était un peu mon complice en plus d'être mon compagnon de jeu .
La maison devait avoir une vingtaine d'années et était située juste en face de l'école primaire . Pratique .
Je possédais ma chambre à l'étage . Je me souviens avoir toujours préféré tirer les épaisses tentures plutôt que de fermer les volets battants . Ma maman ne manquait jamais de venir me souhaiter la bonne nuit , vers vingt et une heure et de vérifier que les tentures étaient bien tirées . J'étais couché dans mon lit , allongé sur le dos et ma chère mère me déposait un délicat baiser sur le front . Le sommeil me gagnait alors souvent rapidement .
Ce soir-là , maman avait laissé la porte de ma chambre entre-baillée afin que je puisse profiter de la musique du début d'un film que j'aimais beaucoup . Nous étions dimanche soir . La fatidique phrase sentencieuse avait résonné : < Au lit , demain y-a école ! > . Il m'était dons interdit de regarder Jean Marais ...
J'avais les yeux fermés et laissais mon imagination vagabonder un peu . Soudain , à la hauteur de mes pieds , je sentis le poids d'un corps s'assoir lourdement . Je gardais les yeux fermés . Tétanisé de peur , j'entendais ma mère s'entretenir avec mon père dans la pièce au-delà du couloir . Mon frère , lui , dormait depuis plus d'une heure dans sa chambre . Il ne pouvait pas s'agir de ma maman ni de mon papa . Le corps , lourd , que je sentais là , ne pouvait pas , non plus , être celui de mon petit frère .
Le phénomène semblait durer longtemps . Je n'avais plus notion du temps . Je me souviens m'être sentit observé . Je n'avais absolument pas le courage d'ouvrir les yeux .
Pour l'enfant que j'étais , l'angoisse était terrible . Je n'osais pas appeler . Je n'osais pas faire le moindre geste . Je tremblais . J'avais très froid . Nous n'étions pourtant qu'au début octobre ...
Finalement l'entité s'est levée doucement et est partie . Ma maman vint me border une dernière fois . J'avais si peur que j'avais l'intime conviction d'être obligé de garder ce terrible secret . Je demandais à maman de laisser la porte ouverte ...
Finalement , je m'endormis . Ce terrible souvenir perturba plusieurs de mes journées suivantes . Scolarité , jeux et activités étaient sans cesse perturbés par ce terrifiant souvenir . Il me fallut apprendre à vivre avec lui . Heureusement ce souvenir s'estompa au fil des jours . Pendant quelques mois , rien ne se reproduisit .
Ce ne fut qu'un répit .
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Ce mercredi après-midi , je rentrais de l'école . Ma maman , déjà prête , s'apprêtait à se rendre chez le docteur pour y mener mon petit frère atteint d'une grippe . Je devais rester seul à la maison et faire mes devoirs .
A cette époque , il n'y avait pas école le jeudi . Je me réjouissait de passer cette heure tout seul . Je savais que si je ne terminais pas la totalité de mes devoirs , je pourrais le faire le lendemain .
Je vis s'éloigner ma mère et mon petit frère . J'étais au portail avec Kénavo , notre teckel à poils ras . Ce dernier s'agittait étrangement , tournant autour de moi . Le chien se précipita au haut de l'escalier . Lorsque je montais les marches pour rentrer dans la maison , Kénavo se mit à aboyer vers moi comme si j'étais un étranger . Le chien devenait même de plus en plus menaçant . Presque agressif .
Arrivé dans la maison , le chien se précipita à l'extérieur , dans le jardin . Je mis cette étrange attitude sur le compte d'une sorte de saute d'humeur . J'entrebaillais la porte afin de lui permettre de rentrer , lorsqu'il le désirerait .
J'allais à la cuisine , je m'installais à la table pour goûter , tout en sortant mes cahiers de mon sac d'écolier . Assis , j'eu l'étrange impression d'être observé . Je me retournais et regardais l'encadrement de la porte . Il me sembla que quelqu'un venait de disparaître précipitamment . J'avais le sentiment diffus d'une présence . Ce n'était sûrement pas Kénavo que j'entendais aboyer dehors ...
Je me précipitais dans le couloir . Là , encore une fois , j'eu l'étrange impression que quelqu'un venait de disparaître dans l'escalier qui menait à l'étage . Prenant mon élan , je me précipitais vers la porte entre-ouverte . Evitant de regarder dans l'escalier . Je restais assis sur les marches de l'escalier extérieur . J'entendais des bruits curieux à l'intérieur de la maison . Des bruits que je n'arrivais pas à identifier .
Je restais là , assis , tremblant légèrement . Je n'arrivais pas à me calmer . Je ne savais pas si c'était la température plutôt agréable de cette mi-avril ou ma peur . J'attendais le retour de ma maman . Heureusement ma voisine qui passait dans la rue , rentrant elle aussi de l'école , m'aperçut et vint s'assoir avec moi pour causer de nos devoirs d'école . Ma maman , à son retour , s'étonna de me trouver là au lieu de faire mes leçons . Le prétexte d'Isabelle , la voisine , tombait à pic ...
Le phénomène ne reproduisit jamais de cette manière . Mais , dès jeudi matin , il prendra une forme différente . Un souvenir qui m'épouvante encore aujourd'hui .
